Whiplash

lIv1QinFqz4dlp5U4lQ6HaiskOZSorti en 2015

Réalisé par Damien Chazelle

Avec Miles Teller et J.K. Simmons

Durée: 1h47

Bande annonce: ici

Synopsis: Andrew, 19 ans, rêve de devenir l’un des meilleurs batteurs de jazz de sa génération. Mais la concurrence est rude au conservatoire de Manhattan où il s’entraîne avec acharnement. Il a pour objectif d’intégrer le fleuron des orchestres dirigé par Terence Fletcher, professeur féroce et intraitable. Lorsque celui-ci le repère enfin, Andrew se lance, sous sa direction, dans la quête de l’excellence…

L’avis de Meltoryas

Faire un film sur la musique, ça m’a toujours semblé terriblement difficile, voir impossible. Comment créer une histoire, des personnages et des images parlant de musique ? C’est un sacré défi qu’a tenté de réalisé Damien Chazelle à travers le film Whiplash. Et croyez-moi, l’objectif ne pouvait être mieux atteint.

Pour faire un film sur la musique, plus d’un réalisateur ont tenté de faire des biopics sur des musiciens. Mais ici, Chazelle nous propose sa fiction, ses personnages, sûrement inspirés de son parcours et de ses fantasme en tant que musicien. Le défi est donc de pouvoir intéresser un public non-initié au monde de la musique à travers une histoire originale, ce qui n’est pas une mince affaire. Avec ce film, nous suivons le parcours d’Andrew, jeune batteur rêvant de vivre la même gloire des grands batteurs de jazz. Pour devenir le prochain Buddy Rich, il devra suivre les cours d’un chef d’orchestre intraitable, sadique et féroce, Terence Fletcher, un pédagogue véritablement démoniaque. Le film se concentre sur la relation entre l’élève et le maître, oscillant entre la haine à l’état pur et la complicité propre aux musiciens. L’évolution de cette relation et les défis que tentera de relever Andrew pour s’améliorer forment le squelette de ce scénario originale, qui tient le spectateur véritablement en haleine.

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La mise en scène de ce film, notamment lors les scènes des répétitions ou des concerts est juste extra. Le piège dans lequel pourrait tomber un réalisateur lorsqu’il film une scène où joue un orchestre serait d’imiter les films de concerts. Mais si, vous savez, 4 à 5 caméras, tout au plus, qui filment chacune à leur tour les musiciens, tout en étant constamment en mouvement, parfois zoomant ou dezoomant sur ces derniers. Or, Daniel Chazelle ne cesse de nous prouver qu’il est cinéaste avant tout. Les plans dans Whiplash ne se concentrent pas uniquement sur les musiciens, mais aussi sur les instruments. Parfois, durant les prestations, les plans durent moins d’une seconde, le temps d’accompagner la note de la trompette, puis celle d’un saxe, et enfin, une baguette frappant la peau d’une caisse claire. Les zoom sur des cymbales ou simplement des caisses sont nombreux, comme pour souligner le mouvement de l’instrument lorsqu’il est joué. Les instruments sont filmés comme des acteurs. Puis, les musiciens sont à l’honneur dans des plans durant plus longtemps, quelques travelings sur les membres de l’orchestre, ou encore quelques plongés sur Andrew lorsqu’il joue derrière sa batterie. Ce type de schéma se répète sur plusieurs morceaux, rendant la mise en scène dynamique et fluide. Exactement comme un morceau de jazz.

Parlons des acteurs, ceux qui incarnent la réelle force du film selon moi. Bien que le travail de l’ensemble des acteurs soit très bon, je vais m’attarder ici sur les deux rôles principaux, celui d’Andrew et celui de Terence Fletcher. Andrew est joué par l’acteur Miles Teller, connu également pour avoir joué dans les 4 Fantastiques et la saga Divergente (aucune filmographie n’est parfaite…). Son interprétation d’Andrew, un jeune garçon un peu renfermé, paumé, mais néanmoins ambitieux, est pertinente et sincère. On y croit et on arrive assez facilement à s’attacher à ce personnage qui s’épanouit et souffre dans son art. On jubile lorsqu’il progresse et nous force le respect au fil de ses péripéties. Vraiment convainquant, d’autant plus lorsque l’on sait que c’est Miles Teller qui joue réellement. Batteur de rock à la base, il a réussit, pour les besoins du film, à suivre un entraînement intense, rythmé par 4heures de cours de jazz par jour pendant des mois, pour fournir une performance vraiment impressionnante pour ce film. Il a même acquis les mimiques propres aux batteurs de jazz (si vous voyez un batteur qui fait des petits roulements de l’épaule et penchent légèrement la tête lorsqu’il joue, vous êtes pratiquement sûr qu’il joue du jazz. C’est justement ce genre de caractéristiques, ces codes physiques propres au monde de la musique qui sont mis en avant dans ce film). Bon acteur, mais aussi excellent batteur.

Mais la performance d’acteur la plus impressionnante est sans nul doute celle de J.K. Simmons, dans son rôle de Terence Fletcher, le chef d’orchestre féroce et intraitable. Simmons présente ici un personnage pouvant être à la fois totalement détestable mais pour autant très attachant. Il peut paraître à un moment compréhensif, sensible, ayant envie d’encourager ses élèves tout en les ménageant; puis, durant une seconde d’inattention de la part de son élève (et du spectateur également), se mettre à balancer des instruments contre les murs voir contre les élèves, leur crier dessus, les insulter et même les gifler. Simmons oscille ainsi entre le personnage terriblement attachant, le maître que tout apprenti aimerait avoir, et la pire ordure qui existe sur terre. Le jeu de J.K. Simmons en fait pourtant un personnage cohérent et pousse le spectateur à éprouver ce sentiment étrange mêlant haine pure, peur et admiration envers un personnage de fiction. Sa performance n’est pas seulement juste, elle est incroyable, car terriblement convaincante. Ce rôle lui a d’ailleurs permis de remporter l’oscar du meilleur second rôle en 2015. Chapeau l’artiste.

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Bon, j’ai parlé du film, mais qu’en est-il de la musique ? Bah je n’ai pas grand chose à préciser en fait, tout est dans le titre. La BO nous invite à (re)découvrir les plus grands classiques du jazz revisités par Justin Hurwitz et Tim Simonec. Je tiens donc à vous prévenir, si vous regardez ce film, vous risquez fort d’avoir envie de réécouter des titres comme Caravan ou tout simplement Whiplash à longueur de journée. Et pour les batteurs, rien de plus enivrant de replonger dans les morceaux de Buddy Rich !

En résumé, Whiplash fait parti de ses pépites d’or que l’on ne voit que trop rarement au cinéma. Son scénario original, sa mise en scène dynamique et fluide, ses acteurs tout juste géniaux, sa bande son exemplaire et ses musiciens impressionnants en font aujourd’hui, peut-être le plus grand film sur la musique que le cinéma ait connu. Un chef d’oeuvre à voir de toute urgence.

« I was there to push people beyond what’s expected of them. I believe that’s an absolute necessity. » Terence Flectcher.

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2 réflexions au sujet de « Whiplash »

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