La Légereté

legerete-la.jpgTitre : La Légereté
Auteur : Catherine MEURISSE
Éditeur : Dargaud
Date de sortie : avril 2016
Prix : 20 euros
Nombre de pages : 136 pages

Pour commander : éditions Dargaud

Note (sur 5 ♥): ♥♥♥♥♥

Résumé:

*Dargaud:

Dessinatrice à Charlie Hebdo depuis plus de dix ans, Catherine Meurisse a vécu le 7 janvier 2015 comme une tragédie personnelle, dans laquelle elle a perdu des amis, des mentors, le goût de dessiner, la légèreté.

Après la violence des faits, une nécessité lui est apparue : s’extirper du chaos et de l’aridité intellectuelle et esthétique qui ont suivi en cherchant leur opposé – la beauté.

Afin de trouver l’apaisement, elle consigne les moments d’émotion vécus après l’attentat sur le chemin de l’océan, du Louvre ou de la Villa Médicis, à Rome, entre autres lieux de renaissance.

*4ème de couverture:

-Moi, ce qui m’a paru le plus précieux après le 7 janvier, c’est l’amitié et la culture.

-Moi, c’est la beauté.

-C’est pareil.

L’avis d’Elodie:

J’ai entendu parler de Catherine MEURISSE pour la première fois hélas après les attentats qui ont eu lieu à Charlie Hebdo. Si je connaissais l’art de WOLINSKI ou CABU je dois admettre que je ne connaissais pas le travail de cette dessinatrice de presse.

MEURISSE ayant été abondamment médiatisée par ces terribles événements, il a été dur d’ignorer son activité, et notamment son séjour d’un mois à la Villa Médicis à Rome. Le lieu est depuis tout temps refuge d’artistes, de peintres comme d’auteurs, qui y trouvent la quiétude dont ils ont besoin pour créer.

Je suis donc allée à Bidibulle à Troyes dans l’intention de feuilleter l’ouvrage, et en suis ressorti avec. Dès le premier coup d’oeil, cette nouvelle graphique m’a attirée. Graphique.. le mot est important. Et le graphisme justement de l’ouvrage est sublime.

Chaque page avec douceur évoque une histoire qui est des plus délicates à illustrer. Ce qui m’a marqué, le mot clé qui transparaît à la vision des images dessinées par MEURISSE, c’est la douceur, oui. Et cette douceur semble de prime abord impromptue, au vu de la violence dont elle est issue.

Au début de l’ouvrage, les images dégagent une atmosphère onirique, les pastels sont éclatants, les mots absents car on n’en a pas besoin. Devant cette illustration mettant en scène le cri de MUNCH, l’accablement nous envahit, l’image évoquant une Catherine déchirée pensant à ce qui se passe dans la salle de rédaction ce 7 janvier.

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Si les sentiments évoqués sont clairs, nul pathos, nul détail gênant ne transparaît dans cette image, comme dans toutes celles de l’ouvrage. Et c’est à saluer. Ne connaissant guère Catherine MEURISSE, je craignais en acquérant cet ouvrage de me retrouver devant un livre destiné à faire le buzz, livrant des anecdotes croustillantes dont je me serais volontiers passée. Et cette nouvelle graphique est tout, vraiment tout sauf cela.

Dans la première partie, les événements tragiques sont relatés avec si je puis dire « élégance », on  voit une Catherine amoureuse et en retard, puis une femme perdue ne prenant pas la mesure de la tragédie qui se déroule. Son point de vue est uniquement représenté, et est dessiné avec force d’images métaphoriques.

Ensuite vient le dur chemin de l’acceptation et la difficulté de se retrouver un but lorsque les mentors, les amis ne sont plus là. Sa mémoire se fait diffuse, en témoigne les illustrations au tracé simple, aux couleurs ternes. Elle va d’abord à Cabourg, à la recherche de Proust, son auteur fétiche, puis s’envole vers l’Italie. Catherine souhaite tenter une forme de thérapie par l’art, et se lance à la recherche du syndrome de STENDHAL, c’est à dire la quête d’un évanouissement face à la splendeur de l’art, un choc esthétique apaisant. Et elle se retrouve à la Villa Médicis, devant le carré des Niobides…

955564-98

Extrait de l’interview donnée à France Inter le 25 avril au sujet de la planche précédente:

« Quand je suis arrivée à la Villa Médicis, je voulais fuir Paris, devenue ville anxiogène. Je pensais que la lumière de l’Italie allait me faire du bien. Mais en arrivant, il pleuvait ! Surtout, on m’a fait visiter les jardins de la villa. Là, se trouve un groupe de statues posées dans les années 1960 par Balthus. Le Carré des Niobides est une scène de massacre : les enfants de Niobé sont tués par les flèches d’Apollon.

Alors que le guide me faisait un laïus sur la mythologie, j’avais l’impression d’être dans la salle de rédaction de Charlie ou au Bataclan. C’était saisissant. Je voyais les personnes qui fuyaient les tirs de balles, qui étaient couchés dans l’herbe, alors que cette scène-là, je ne l’ai pas vue à Charlie. Je suis restée dans la rue quand les tirs ont eu lieu, mais une amie, Sigolène, qui est une rescapée du carnage était dans les bureaux, et elle m’avait raconté. Mon imagination avait reconstitué la scène. Là, face à ces massacres de pierre, je prenais cette violence-là dans la figure. En même temps, c’était très doux puisqu’il s’agissait de sculptures, d’art. Je me rapprochais du corps de mes amis par le biais de l’imaginaire. C’était une façon d’approcher la mort sans en avoir peur. »

Catherine a-t-elle trouvé ce syndrome de STENDHAL? Je vous laisserai découvrir la réponse vous-même. Mais l’essentiel n’est pas vraiment là. Cette recherche est un prétexte à une redécouverte des grands classiques, à une ode à la beauté qui transparaît dans les plus atroces oeuvres d’art. Belle métaphore applicable aux événements horribles connus du grand public ou personnels.

Catherine MEURISSE signe ici une oeuvre d’une extraordinaire sensibilité. Elle nous livre ici un récit attachant sur une difficile reconstruction, un hommage superbe aux disparus, un livre plein d’espoir.  Ses dessins, ses mots ont réussi à me toucher profondément, et je ne peux donc que conseiller à tous cet ouvrage…

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