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Challenge Classiques #1: Les Rois Maudits

Afficher l’image sourceAuteur : Maurice DRUON et son équipe

Date de sortie : 1955

Éditions : Plon

Note : 5♥ /5

Nombre de pages: 1630 pour l’édition Plon que je possède qui regroupe les 7 tomes

Où l’acheteréditions Plon, et dans toutes les librairies

Challenge Classiques: 1/10

Résumé:

Au début du XIVe siècle s’ouvre, contre les Templiers, le plus vaste procès dont l’Histoire ait gardé le souvenir. Jacques de Molay, le grand-maître de l’Ordre, meurt sur le bûcher en lançant sa terrible malédiction contre le roi de France, le pape et les grands du royaume : Maudits, tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races !
Dès lors, le malheur s’abat sur la France. Les quatre derniers Capétiens directs meurent en moins de quinze années : adultères, meurtres, procès, trahisons ébranlent la dynastie, et mènent à la guerre de Cent Ans.

L’Avis d’Elodie:

J’avais eu envie de me lancer ce challenge l’année dernière, et soyons honnête, je l’avais complètement foiré, en ne lisant ou relisant que 2 ouvrages dits « classiques », les deux de Jane AUSTEN.

Pour redémarrer ce défi cette année, j’ai choisi la facilité en relisant avec joie ce magnifique classique qu’est la saga des « Rois Maudits » de Maurice DRUON.

Ce pavé de plus de 1630 pages pour l’intégrale publiée chez Plon n’est pas juste un simple roman historique comme tant d’autres. C’est un livre d’aventures, une chevauchée romanesque, une épopée lyrique… Oui oui, rien que ça!

Comme évoqué dans le résumé, ce roman fleuve de 7 tomes évoque une période incroyablement agitée de l’histoire de France, c’est-à-dire la succession d’un roi fort, aka Philippe Le Bel, qui heureusement pour lui ne verra pas son travail gâché après sa mort par des fils tous plus faibles les uns que les autres. Mais est-ce réellement de leur fait s’ils n’arrivent pas à poursuivre l’œuvre d’un monarque qui les a tant écrasés? La malédiction des Templiers, brûlés injustement par ledit Philippe, n’y est-elle pas pour quelque chose? Et quand à un père pesant et à une malédiction des guerres de territoires, vous ajoutez une féministe avant l’heure et des tromperies incessantes, vous avez les ingrédients d’un vrai drame, qui a bien failli rendre la France anglaise.

Alors bien sûr, je me doute bien que DRUON a savamment romancé le tout, et espère du moins que tout ceci ne s’est pas passé dans un tel bordel. Forcément, il s’est permis d’ajouter des détails pour relier des événements historiques avérés ensemble… Je ne suis pas naïve, et sais que le roman s’éloigne donc un peu de la réalité historique. Et franchement? Tant mieux. Car devant de telles turpitudes, devant un tel feu d’artifices de tromperies et de mesquineries, on ne peut qu’avoir envie de démêler le vrai du faux et se lancer dans la lecture de quelques documentaires pour avoir davantage d’informations. Avec cette saga, DRUON arrive à intéresser un public diversifié à l’Histoire avec un grand H, et je ne peux imaginer plus beau compliment.

Néanmoins, il me faut préciser que si les dialogues ont été évidemment inventés, on ne peut que relever les bas de pages très détaillés et les anecdotes diverses qui prouvent le souci de véracité d’un DRUON pointilleux sur les croyances ou les modes vestimentaires du Moyen Age.

L’ouvrage a beau avoir été écrit en 1955, l’écriture est encore incroyablement actuelle. Ce n’est pas par hasard que l’ouvrage ait été si souvent adapté au cinéma et à la télévision, tant les images suscitées par DRUON sont limpides, les événements relatés de manière claire.

Ce travail d’écriture réussi est d’autant plus remarquable que Maurice Druon n’a jamais dissimulé que « Les Rois maudits » avait été le résultat d’un travail d’atelier. Au nombre des collaborateurs qu’il remercie dans ses préfaces, on trouve les noms d’Edmonde CHARLES ROUX, Matthieu GALEY, Pierre de LACRETELLE ou Gilbert SIGAUX. En tout cas, le fait que cet ouvrage a été écrit à plusieurs mains ne se remarque absolument pas à la lecture, l’ensemble est parfaitement fluide. 

Les personnages développés par l’auteur sont très bien détaillés, et tous plus savoureux les uns que les autres. On s’y attache, même aux pires, et on a réellement envie de savoir ce qui va leur arriver. Lors de relectures, on ne peut s’empêcher parfois d’espérer s’être trompé, d’avoir mal lu, et la fin ne soit pas celle dont on se rappelle, tant certains protagonistes nous ont plu. Je pense notamment à Philippe V, deuxième fils du Bel, qui semblait être le seul héritier un tant soit peu doté de jugeote, et que le destin a bien mal servi. Ou Isabelle, fille mal mariée au roi d’Angleterre, dont la tristesse et la rancune déclenchera sans qu’elle le veuille la mise à feu et à sang de son pays d’origine.

L’évocation du personnage d’Isabelle me permet d’aborder la question du féminisme dans cet ouvrage, thématique qui me tient à cœur et que je trouve intelligemment mise en avant dans l’œuvre de DRUON. Les femmes en effet sont à l’honneur dans cette saga. Si certaines, comme la pauvre Marie de Cressay, nourrice de Jean 1er, ne semble être que le jouet du destin et des hommes, d’autres arrivent merveilleusement bien à tirer leur épingle du jeu, et sont joliment mises en valeur par l’auteur.

Je pense forcément à la femme la plus imposante du roman, Mahaut d’Artois, qui dans mon esprit n’est pas dissociable de Jeanne MOREAU qui l’incarna dans l’adaptation télévisée de Josée DAYAN. Mahaut d’Artois est décrite dans  » Les Rois Maudits » comme une conspiratrice dangereuse, prête à tout pour conserver ses terres au détriment de l’héritier légitime, parce que mâle, Robert. Voulant pour ses filles une vie heureuse, qui selon elle n’est pas dissociable du pouvoir, elle les fera épouser les fils de Philippe le Bel et usera de poison et d’intrigues pour les faire monter plus vite sur le trône. Ses complots mettront malencontreusement fin à la dynastie des Capétiens, rien que cela, ce qui provoque la revendication du trône de France par Édouard III d’Angleterre, fils d’Isabelle de France, la fille de Philippe le Bel, événement qui déclenchera la guerre de Cent Ans.
Si Mahaut ne semble motivée que par le pouvoir, il ne faut pas oublier que sa hargne est déclenchée par le fait qu’on lui refuse des droits à cause de son sexe, alors qu’elle est aussi capable qu’un homme. N’ayant point la loi de son côté, elle se laissera aller à user des armes qu’on attribue hélas traditionnellement au sexe dit faible: le poison, le sexe et le mensonge. Aucune excuse de son comportement dans le roman, mais une explication qui donne du sens à des actes immondes, et admettre l’injustice qui déclenche de tels actes, c’est un peu les justifier.

Mahaut n’est pas le seul personnage féminin fort mis en avant par DRUON, on peut également penser à Béatrice d’Hirson, ou même dans un autre style Marguerite de Bourgogne.

Si les personnages féminins sont extrêmement bien décrits, les hommes ne sont point mis de côté pour autant, et cela rend du coup l’ouvrage des plus passionnants.

Vous l’aurez compris, ce n’est pas par hasard que j’ai choisi de reprendre ce challenge par cette relecture, et ne puis que vous conseiller cette magnifique saga!

 

 

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