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Histoire de livre #1: Notre-Dame-aux-Ecailles de Mélanie Fazi

Préparez-vous à un article un peu spécial ce lundi. En effet, ce n’est pas tant l’histoire de « Notre-Dame-aux-Ecailles » que je vais vous narrer ici, mais un peu la mienne aussi.

J’ai  réalisé récemment que cela faisait déjà 7 ans que je tenais ce blog. Sacré coup de vieux. Après, il n’a pas été toujours bien alimenté, mais l’enfant rachitique des débuts a bien grandi, et je découvre grâce à lui tous les jours qui passent des articles merveilleux écrits par des gens que je regrette de ne pas avoir plus de temps de connaître. Ayant assimilé cette fameuse date des 7 ans, presque 8, et ayant réalisé que les 10 ans du blog tomberont en même temps que mes 30 ans, je me suis demandée comment toute cette histoire avait démarré. Petite retour aux sources en perspective.

Et j’ai réalisé que, tout simplement, les livres avaient été des guides pour moi, et ce depuis que j’avais appris à lire. Et que certains m’avaient marquée de manière plus indélébile que d’autres. Et c’est pour cela que je tiens ce blog. Parce que si, une unique fois, une personne lit un livre grâce à un de mes articles et ressent une émotion bien particulière, et bien toutes ces heures d’écritures en valaient la peine. Quand je dis émotion, je parle de celle qui vous noue le ventre, qui fait songer à un sentiment amoureux, cette tristesse quand on referme l’ouvrage car on vient de perdre un ami, cette crainte aussi quand on s’approche de la fin du livre, cette joie quand le héros résout ses soucis.

Et j’ai alors listé ces livres qui m’avaient irrémédiablement touchée. Attention, je ne vous parle pas ici d’une banale liste de livres préférés, mais bien d’ouvrages qui ont changé (un peu) ma vie.

Voici la première de ces histoires.

J’habitais à Strasbourg à l’époque, et étudiante en fac d’arts, j’avais un faible budget livres. 1 livre poche par mois et c’est tout, le reste de mes lectures étaient des emprunts à la médiathèque.
Alors que je faisais une de mes activités favorites, c’est-à-dire errer dans les rayons de la Fnac en créant mentalement une PAL impossible à lire, même en ayant les 9 vies d’un chat, j’ai vu un livre face cachée, couverture contre terre. Et étant une incorrigible maniaque, même à 20 ans, j’ai pris l’ouvrage en main pour le ranger (no comment please). C’est là que mon regard a accroché celui de la dame en couverture. L’air fuyant, le teint livide, les yeux tournés sur le côté. Une fleur à la main, une robe blanche, une ceinture rouge à la taille qui semble être une blessure sanglante, les bras sales. Rien de bien vendeur, d’autant que ce jour-là j’étais à la recherche de légèreté. Un titre, « Notre-Dame-aux-Ecailles », alors que la femme en question n’avait rien de reptilien, et le nom de l’autrice.

A l’arrière, un résumé, le voici:

Saviez-vous qu’à Venise, qui vole des soupirs encourt la vengeance de la ville ? Connaissez-vous vos plus sensuelles métamorphoses, lorsque vous êtes loup, lorsque vous devenez lionne ? Avez-vous déjà pris un fleuve pour amant ?
Partez à la découverte des troubles secrets de l’âme et des lieux les plus hantés : une villa qui palpite de vies enfuies, l’océan dont certains ne reviennent plus tout à fait humains, ou encore ce train de nuit qu’empruntent ceux qui cherchent l’oubli.
Mais attention: de ces voyages intimes et inquiétants, on ne rentre pas indemne.

Malgré la mise en garde, et alors que, j’insiste, je voulais un livre qui me détende et qui soit rieur, je suis reparti avec l’ouvrage.

La suite de l’histoire se passe de mots ou presque. Disons que je préfère plutôt vous la narrer par l’image:

Voici l’ouvrage après 8 ans passés avec moi. Des pages jaunies, une couverture cornée, des plis partout. Non pas que je me vante de bousiller mes livres, mais celui là est bien élimé par mes lectures régulières. 8 en fait. J’ai relu ce livre 8 fois. Une fois par an depuis que je l’ai acquis, alors que maintenant, j’ai les moyens d’avoir un PAL. Mais comprenez-vous, j’ai un rendez-vous avec Faustine, Rosalie et les autres. J’ai envie de visiter à nouveau la Nouvelle Orléans, Venise …

Les déménagements aussi ont bien usé le livre, au point que pour le dernier, je l’ai mis dans une boîte spéciale « guest star », avec d’autres trésors. Car après Strasbourg -St Etienne, St Etienne-Strasbourg, Strasbourg-Lyon, Lyon-Troyes, Troyes-Sainte S. et Sainte S-Saint A., le livre en avait vu des cartons!

Difficile de dire quelle est la nouvelle que j’ai le plus préféré dans ce recueil. Mais je sais que j’ai une affection particulière pour « En forme de dragon ». Surement en rapport avec mes études d’art et ma passion pour le dessin. La difficulté de créer, les échecs après le trop rare éclat de génie, la crainte d’être surpassé ou du moins de ne pas être assez à la hauteur, le rêve fou que mes dessins pourraient prendre vie… Que des notions auxquelles je ne pouvais qu’être sensible.

Ce livre a laissé des traces en moi qui peuvent sembler ridicule. Lorsque j’ai eu la joie de visiter Venise, ce n’est pas sans inquiétude que je me suis penchée pour observer les canaux. J’ai beau être une adulte, savoir distinguer fiction et réalité, le miroitement sombre de l’eau m’a gênée un bref instant, quand j’ai repensé à la nouvelle intitulée « La Cité travestie »…

 » Ses canaux, surtout, plaies ouvertes dans la masse compacte où les ponts dessinent de grossières sutures. (…) Elles sont sales, ses eaux, troubles et sales. C’est une vrai mélasse qui coule dans les artères de la ville. »

En 2016, je suis allée au Salon Fantastique. Parce que le concept me plaisait, que j’avais envie de voir des cosplays dans une ambiance bon enfant, parce que je voulais fêter mon anniversaire de manière originale… et parce que Mélanie Fazi, l’auteure de « Notre-Dame-aux-Ecailles », était là.
C’est un petit bout de femme assez timide et étonnée par l’engouement qu’elle suscitait que j’ai eu la joie de voir. J’ai bien reconnu, si je puis dire, la sensibilité à fleur de peau qui avait écrit ces lignes si marquantes pour moi.
Nous avons discuté quelques instants, évoqué ses écrits parus aux éditions Oxymore que je suis depuis plusieurs années. Et elle m’a offert un beau cadeau par le biais d’une dédicace que voici, après avoir noté, elle aussi, à quel point cet ouvrage porte les stigmates de trop récurrentes lectures.

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C’est sur cette image que j’ai envie de conclure ce racontage de vie, suscité donc par l’anniversaire du blog, le mien… et par le fait que « Notre-Dame-aux-Ecailles » est sur le canapé en train de m’attendre pour sa relecture annuelle 😉

Vous l’aurez compris, quand j’évoque un sujet qui me tient à cœur, je ne sais pas m’arrêter. C’est pourquoi j’écris des articles qui sont eux-mêmes des morceaux d’ensemble de chroniques, tant j’ai envie d’approfondir, de développer un sujet donné. Vous vous retrouvez donc avec comme rendez-vous sur ce blog des Petits Bonheurs, des Vide grenier et autres Du papier à l’écran. Attendez vous donc à lire d’autres Histoires de livres bientôt, si cet article vous a plu du moins!

 

Source image couverture: Venise de nuit par shutterburg.com

4 commentaires sur “Histoire de livre #1: Notre-Dame-aux-Ecailles de Mélanie Fazi

    1. Merci pour ton commentaire! Je suis contente que cet article t’ait plu, d’autant qu’il est plutôt particulier… Je ne savais pas si ca plairait, mais j’avais très envie de l’écrire 🙂

  1. « Parce que si, une unique fois, une personne lit un livre grâce à un de mes articles et ressent une émotion bien particulière, et bien toutes ces heures d’écritures en valaient la peine »
    Oui. Même si cette personne ne ressent rien de particulier d’ailleurs, juste si un article lui donne envie d’ouvrir ce livre, on aura accompli notre mission

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