Actualités·Sorcière Moderne

Sorcière Moderne #2: Mes références littéraires

Bonjour à tous!

Je l’évoquais dans un article précédent, Sorcière Moderne #1: Mes références à l’écran, depuis maintenant 2-3 ans, je m’intéresse à une mouvance, très liée au féminisme, usuellement nommée « Sorcière Moderne ».

Pas de balais et de bave de crapaud en vue, l’idée est plutôt de s’écouter davantage, de penser par soi-même, de s’imposer dans une société qui ne le souhaite pas toujours. Il y a aussi une volonté de se connecter à une spiritualité pas forcément imposée par une religion et de se baser davantage sur la Nature dans la vie quotidienne. A noter que ca vaut donc pour les femmes et les hommes confondus.

Je vais être claire: cette série de chroniques a pour fil conducteur l’envie aussi de creuser les notions sœurs de féminisme et de sorcellerie. Impossible de séparer la crainte de la sorcière avec le rejet durant des siècles de la figure de la femme de pouvoir, et j’avais envie d’évoquer par le biais de la culture pop comment ces archétypes se sont construits, et qu’est-ce qui s’en est dégagé dans notre société actuelle.

Mais avant tout, il convient de poser les bases! Dans l’article Sorcière Moderne #1: Mes références à l’écran, j’avais évoqué mes références à l’écran, de « Charmed » à « Dark Shadows », vient à présent le moment de parler des écrits qui ont été pour moi fondateurs de ma réflexion!

Durant l’enfance

Les récits sur les sorcières ne manquent pas, c’est certain, même si les personnages ne sont guère positifs.

La sorcière de la rue Mouffetard et autres contes de la rue Broca ...La première sorcière que j’ai côtoyé n’avait pas de nom. Mais elle avait une description: elle vivait dans le quartier des Gobelins, à Paris, et il s’agissait d’ « une vieille sorcière, affreusement vieille, et laide, mais qui aurait bien voulu passer pour la plus belle fille du monde ! » Pour cela, une seule solution, manger sa petite voisine Nadia avec de la sauce tomate. Vous l’avez reconnue, il s’agissait de la « Sorcière de la Rue Mouffetard« , un court récit de Pierre Gripari paru en 1967. Enfant, je craignais cette sauce bolognaise revisitée, et étais bien soulagée de ne pas avoir de prénom commençant par la lettre N!

Mais j’étais quand même triste pour cette vieille femme sans nom obligée de manger des enfants pour être belle. Et sans le comprendre, je me retrouvais confrontée à un problème bien féministe: le rejet de la vieillesse chez la femme. Quand un homme prend de l’âge, il devient mûr, les tempes grisonnantes sont signe de stabilité, il garde aux yeux de notre société son potentiel de séduction. Quand il s’agit d’une femme, elle n’est plus désirable et se doit de lutter contre l’inéluctabilité du temps, par le biais de crèmes, de chirurgie… d’une alimentation bien particulière?! La sorcière est crainte car elle est vieille. « Vieux » n’étant pas une insulte, on ajoute « affreusement ». Mais pourquoi tant de rejet quant à l’âge? Est-ce à cause de la sagesse gagnée par les années? L’anticonformisme assumé aussi de ces dames qui ne se laissent plus conter et qui n’obéissent plus aux ordres édictés par la société? La fin de la fécondité, la femme n’ayant alors plus d' »utilité »? Autant de thèmes qui certes ne m’ont pas frappée étant petite (encore heureux!), mais qui sont néanmoins présents au détour d’une phrase anodine dans un roman enfantin.


Kirikou Et La Sorciere - Michel Ocelot - Livre - France LoisirsOn peut trouver une autre sorcière de roman pour enfant dans « Kirikou et la Sorcière« . Certes, c’est un film d’Ocelot, sorti en 1998, mais qui a été dans la foulée repris en livre. Cet ouvrage m’a beaucoup marquée étant enfant, et le moins qu’on puisse dire, c’est que le personnage de la sorcière Karaba est bien plus positif et évolué que la sorcière de la Rue Mouffetard.

Kirikou, le héros, se demande rapidement pourquoi la sorcière est méchante. Un questionnement qui mérite d’être salué. La majorité des ouvrages pour enfants traitant de la sorcière oublient cet aspect de la narration pour ne garder qu’une dualité manichéenne méchant / gentil. Or, Karaba est devenue méchante lorsque les hommes lui ont planté une épine empoisonnée dans le dos. Pour se venger, la sorcière a alors jeté un sort sur le village de Kirikou, asséchant la source et faisant disparaître les hommes.

A souligner au passage que ce sont des hommes qui ont causé le malheur de la sorcière, et qu’elle est méchante car elle cherche à prendre sa revanche.

La morale de l’histoire est que la méchanceté provient bien souvent de la souffrance, mais que rien n’est inéluctable, un retour en arrière est toujours possible. Mais pour cela il faut surmonter ses préjugés et accepter d’aller à la rencontre de l’autre pour le comprendre. « Kirikou et la sorcière » est donc un formidable roman pour les enfants. Le personnage de la sorcière n’y est absolument pas caricaturé et est porteur d’espoir et d’évolution.

Récits d’adolescence

Polgara la sorcière, Tome 1 : Le temps des souffrances - BabelioLa sorcière que j’ai été ravie de rencontrer au détour d’un récit a été « Polgara«  de David Eddings. Polgara n’est pas juste la fille du grand sorcier Belgarath, personnage de la « Belgariade », mais c’est aussi et surtout une femme et une sorcière puissante. Elle est à la fois magicienne, médecin, alchimiste. Grâce à son courage, elle participe à mettre fin aux guerres civiles qui meurtrissent le monde dans lequel elle évolué. En fin de compte, elle gagne la gratitude des ducs. Cette validation masculine lui permet de devenir duchesse et égale (voir supérieure) en pouvoir que les hommes du récit.

Ici, la femme de pouvoir est valorisée. On sent la patte de Leigh Eddings, co auteure de des ouvrages, qui a incité son mari à mettre en avant un personnage féminin fort auquel les jeunes filles pourraient s’identifier. J’ai aimé Polgara, car elle est mise en avant comme une femme séduisante, mais pas machiavélique, puissante mais pas dangereuse. Ses talents ne sont contrebalancés en aucune façon, et c’est bien agréable.

Seul « bémol » qui n’en est pas un à soulever: Polgara, par nature, dissimule ses actes et se comporte souvent comme une espionne, ce qui fait qu’une partie de ses talents et de ses victoires sont cachées. Mais je n’ai pas vu cela comme un repoussoir de la force féminine comme certains critiques, mais plutôt comme une astuce scénaristique. De plus, le fait que Polgara cache un peu ses actions, alors que Leigh a aidé pendant de nombreuses années son époux dans l’ombre, me paraît bien savoureux!


Amazon.fr - Le Monde de Narnia, Tome 2 : Le Lion, la Sorcière ...Autre sorcière iconique de mon adolescence, la sorcière blanche de « Narnia ». C’est un symbole de méchanceté dans l’imaginaire collectif, mais à mes yeux, une méchanceté terne, due au fait que l’auteur n’a guère développé son personnage. C’est à peine si on use de son prénom, Jadis. Pourtant, sa présentation ne manquait pas de charme:

Ils en tremblaient encore quand ils entendirent un léger bruissement du côté de la salle resté intact. Ils se retournèrent : l’’un des personnages drapés, cette femme assise à l’’extrémité de la rangée que Digory trouvait si belle, était en train de se lever de son fauteuil. Debout, elle était encore plus grande que ce qu’’ils imaginaient, et tout chez elle, non seulement sa robe et sa couronne, mais l’’éclat de son regard et la courbe de ses lèvres, disait que c’’était une grande reine.

Point positif, l’évocation du fait que c’est une « grande » reine et pas juste une méchante. Point négatif, on le remarque grâce à son physique (grande par la taille, des lèvres charnues), non par ses actions (elle a réussi à régner sur Narnia pendant plus de 100 ans, certes par l’oppression, mais quand même).

Sorcière stratège, Jadis est arrogante, cruelle, et d’une grande beauté. Après avoir mangé le fruit de la vie éternelle, elle n’hésite pas à éradiquer toute vie dans le royaume de Charn avant de sévir sur Narnia, et n’éprouve aucun remords ensuite. On est sur le mythe classique de la belle femme avec des pouvoirs indus qui sévit sans limite. Ici, la beauté physique est assimilée au mal, sa haute taille (trop pour une femme) renforçant le propos négatif de Lewis sur cette être contre nature.

L’aspect terne évoqué plus tôt provient du fait que cette sorcière, comme tant d’autres, est méchante car elle a des attributs liés aux hommes: le pouvoir, la taille, la fierté. Des qualités chez les hommes, des défauts chez les femmes. Les exemples de ce type pullulent dans la littérature et le cinéma, de Maléfique à Mélisandre!


Au vu de la quantité de références (et pourtant, je n’ai vraiment gardé que les ouvrages lus et relus, et ayant une vraie portée dans ma réflexion!), j’ai du scinder l’article en deux. Vous retrouverez donc la suite, sur les sorcières dans la littérature classique notamment, dans quelques semaines!

Merci de m’avoir lue et n’hésitez pas à poursuivre le débat en commentant!

4 commentaires sur “Sorcière Moderne #2: Mes références littéraires

  1. Je ne me souviens plus si c’était en CE2 ou CM2 mais on avait le livre de Pierre Gripari en support pour la sorcière de la rue Mouffetard. L’institutrice nous avait d’ailleurs demandé d’écrire un poème de 4 lignes. On avait fait un petit livret avec tous les poèmes des élèves, c’était génial. J’ai lu l’intégralité du bouquin beaucoup plus tard mais j’avais bien aimé même si je n’ai jamais poussé la critique aussi loin.
    Kirikou et la sorcière est le premier film que j’ai vu au cinéma avec l’école. J’avais tellement adoré. J’ai acheté 4 mini-livres pour mes enfants. On les a lus une fois ou deux, guère plus, mais ils ont vu le film plusieurs fois.
    Narnia, effectivement, la sorcière n’est pas si présente que ça.
    Le reste je ne connais pas. 😉Article très intéressant.

  2. C’est super intéressant comme itinéraire littéraire, de voir comment ton imaginaire (et l’imaginaire collectif, puisque ce sont quand même des références très populaires) a pu être marqué par cette image de la sorcière qui évolue avec le public qu’elle cible. De très caricatural, on évolue quand même vers un personnage plus finement esquissé, tantôt bonne tantôt mauvaise^^

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