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Il était une fois en France

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Scénario: Fabien Nury

Dessin: Sylvain Vallé; Delf (couleurs)

Editeur : Glénat

Parution : 2007 à 2012

Nombre de tomes: 6, ou 1 (intégrale noir&blanc)

Où se le procurer : en libraire ou sur internet

Note : 5/5

Résumé:

Qui était Joseph Joanovici? Un émigré juif roumain arrivé en France dans l’entre-deux-guerre et parvenu à faire fortune comme ferrailleur. Un opportuniste vendant son métal à la France (en pleine construction de la ligne Maginot) et à l’Allemagne nazie (en violation totale du traité de Versailles). Un collabo qui, dans une France occupée par les nazis parvint non seulement à survivre mais à accroître sa fortune. Un résistant qui fit libérer de prison des dizaines de français et participa à armer la résistance. Un héros. Un salaud. Tout ça à la fois?

L’avis de Clément:

La Seconde guerre mondiale est une source d’inspiration inépuisable pour les auteurs. Il faut dire aussi qu’elle s’y prête particulièrement bien, mais j’en reparlerai peut-être un jour. Aujourd’hui je suis là pour parler d’une BD que je connaissais depuis un moment déjà, et que je me suis enfin décidé à lire. Et si je devais résumer mon avis sur cette BD en une phrase je dirai juste « Lisez là, c’est excellent ». Il était une fois en France est une des meilleures BD que j’ai lu sur la Seconde Guerre Mondiale (et pourtant j’en ai lu quelques unes), et même une excellente BD tout court.

Commençons par évacuer les points les plus simples, le dessin. C’est très beau, rien à dire de ce côté là, on est en présence d’un style que j’appellerai « réaliste à l’ancienne », un peu comme dans XIII ou Largo Winch pour rester dans la BD franco-belge, mais sans ce côté « lisse » (je dirai presque « photoshopé » que l’on trouve dans certaines productions plus récentes). Si vous en avez la possibilité je vous conseille également de lire la version intégrale en noir et blanc. La version en 6 tomes en couleur est très bonne attention, mais je trouve que le noir et blanc rend le dessin plus « percutant ». Un peu comme si l’absence de couleur permettait de se concentrer plus facilement sur le dessin lui même, d’autant qu’elle ne lui enlève rien (ou très peu).

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L’histoire est l’un des deux plus gros points forts de Il était une fois en France. Elle commence avec le 1er tome dans l’entre-deux-guerres, en pleine montée des totalitarismes et alors que la guerre apparait de plus en plus inévitable. Vient ensuite le temps de la défaite, de l’occupation et des persécutions anti-juives, ce qui conduit Joseph Joanovici, bien que lui même juif, à une collaboration de circonstance avec les nazis dans le 2e tome. Mais le cours de la guerre commence à tourner en faveur des alliés et Joseph s’engage de plus en plus dans la résistance, tout en continuant sa collaboration (tomes 3 et 4). Et enfin arrive la libération, mais aussi l’épuration des anciens collabos (réels ou supposés) dans une France qui souhaite tourner la page au plus vite sans parvenir à se libérer totalement de ce « passé qui ne passe pas » (tomes 5 e 6). Parallèlement à cette « Grande Histoire » l’auteur de Il était une fois en France raconte les petites histoires de chacun des protagonistes, ce qui me permet de faire la transition avec ce qui est selon moi le gros point fort de cette BD, ses personnages.

Qu’ils soient nazis, collabos ou résistants, juifs ou non-juifs, policiers ou criminels, tous les personnages sans exception de Il était une fois en France sont très bien écrits et développés, à tels point qu’on en oublierait presque qu’il s’agit d’une histoire inspirée de faits réels. Visuellement tout d’abord on a une galerie de personnages avec « des gueules » (je ne sais pas trop comment l’expliquer autrement), que l’on croirait sortis d’un vieux film noir des années 50. Mais c’est surtout au niveau de la narration que les auteurs ont réussi à retranscrire toute l’ambiguité de ces personnages, pris dans des événements qui les dépassent, et où la frontière entre « bien » et « mal » apparait souvent beaucoup plus floue qu’il n’y parait. Quelles que soient leurs camps ou leurs convictions, la plupart des personnages de Il était une fois en France sont avant tout des opportunistes, dont la principale motivation était avant tout la volonté de survivre, et si possible de tirer profit des événements.

Et aucun personnage n’illustre mieux cela que le héros, Joseph Joanovici. Immigré roumain parvenu à faire fortune, il va naviguer entre affaires douteuses, collaboration avec les nazis et engagement au côté de la résistance. Jouant sur tous les tableaux à la fois, sans réaliser (ou vouloir réaliser) que ses actions l’éloignent chaque jour un peu plus de sa famille qu’il essaie de protéger, Joseph Joanovici incarne encore plus que tout autre personnage toute l’ambiguité de cette époque. Détestable pour son absence totale de morale, son cynisme et la cupidité dont il peut faire preuve, attachant pour la dévotion dont il est capable de faire preuve vis à vis des autres, c’est avant tout un personnage complexe et finalement extrêmement humain que pour ma part, sans l’approuver ni l’excuser, je pense avoir compris.

Les personnages secondaires sont, comme je disais plus haut, tous très intéressants. Parmis les plus intéressants d’entre eux citons entre autres Jacques Legentil, l’incorruptible juge de Melun déterminé à rendre justice à Robert Scaffa; Korf, l’officier SS plus intéressé par assurer son train de vie que par l’idéologie nazie; Bourguignon et Belette, membres du réseau de résistance « Honneur et Police » mais flirtant dangereusement avec la criminalité; et enfin « Lucie-Fer », la fidèle secrétaire de Joseph Joanovici, d’une loyauté absolue envers son patron et prête à tout pour lui.

En conclusion:

Comme je disais au début, Il était une fois en France est un chef d’oeuvre qui mérite largement ses nombreuses récompenses. Que vous soyez intéressés par l’une des pages les plus complexes et les plus douloureuse de l’Histoire de France, ou que vous aimiez les histoires (avec un petit h) riches en tension et en rebondissement, avec des personnages complexes et où la frontière entre le bien et le mal se brouille jusqu’à devenir impossible à cerner, je vous encourage vivement à lire Il était une fois en France.

Portez vous bien et n’oubliez pas: la BD, c’est le pied!

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