Livres·Science Fiction/ Horreur/ Policier

La Zone du dehors

Résultat de recherche d'images pour "la zone du dehors"Auteur : Alain Damasio

Parution : 1999

Nombre de pages : 494

Edition : Cylibris ; Folio SF

Où se le procurer : Auprès de n’importe quel site de vente en ligne ou n’importe quel libraire digne de ce nom

Note : 6/5

Résumé :

Cité de Cerclon I, quelque part sur un planétoïde orbitant autour de Saturne, 2084. Environ sept millions d’êtres humains, dont une grande partie ayant fuit une terre dévastée par deux guerres mondiales, vivent dans le confort moelleux d’un totalitarisme aux traits de social-démocratie. La prison idéale d’Huxley, sans gardes ni barreaux, dont les détenus ne songent plus à s’évader. Cependant une poignée d’hommes et de femmes résistent à l’emprise de ce totalitarisme doux, déterminés à mener jusqu’au bout leur « volution », quels que soient les risques encourus ou le prix à payer. Pour se libérer de cette nouvelle forme de totalitarisme, tenter autre chose, bâtir des utopies. Pouvoir agir de nouveau, être libre pour de vrai …

L’ avis de Clement :

La zone du dehors est le nouveau 1984 et devrait être enseigné dans les établissements scolaires aux côtés de ce dernier (ouais, carrément). Au fur et à mesure que je lisais ce livre je ressentais les mêmes choses que quand je découvrais le classique d’Orwell au lycée il y a plus de quinze ans (sens-toi vieux). Et en tournant la dernière page, il m’est venu un seul mot : waow (je sais, ce n’est pas un mot, mais ça résume assez bien l’effet que m’a fait ce livre). Vous l’aurez compris, j’ai adoré La zone du dehors, qui associe à un excellent roman réflexions philosophique et critique sociale et politique.

D’abord La zone du dehors est un très bon roman de SF, encore plus que 1984 (qui figure déjà parmi mes livres préférés). C’est très bien écrit, avec de l’action, du suspens, des rebondissements, de l’amour, du drama. Chaque page m’a donné envie de passer à la suivante sans que je ne me sois ennuyé une fois. L’univers développé est très fouillé, cohérent et crédible, mais j’y reviendrai plus loin.

Les personnages principaux sont tous très intéressants, chacun suffisamment caractérisé pour ne pas ressembler à un « personnage fonction », et portant un regard différent sur les événements du récit (récit que nous suivons alternativement à travers leurs différents points de vue). Ils ne sont pas non plus manichéens, certains ayant des points de vue ou commettant des actes moralement contestables. Une complexité que l’on retrouve chez celui qu’on pourrait considérer comme le principal antagoniste (que je ne nommerai pas pour ne pas spoiler) : il n’est pas vraiment « méchant », il défend juste un système de pensée et de valeurs différent de celui des protagonistes (et certaines de ses joutes verbales avec le « héros » sont un régal, en tout cas si on s’intéresse un peu à la philosophie politique). D’ailleurs ce n’est pas lui le véritable ennemi des protagonistes, mais bien le « système » tout entier, dont il n’est finalement qu’un rouage central.

Mais comme je disais au début, La zone du dehors n’est pas seulement un roman de SF, et c’est là que je reviens sur l’univers du livre. Celui-ci est en effet bien plus crédible (si on fait abstraction des éléments purement science-fictionnels comme la colonisation de l’espace) que celui d’un Divergente, Hunger Games ou autres dystopies de supermarché (pardon aux fans, mais un système de castes spécialisées et des « battle royal » entre districts pour maintenir l’ordre socio-politique, c’est pas ce qu’il y a de mieux niveau crédibilité).

Dans La zone du dehors l’univers dystopique n’est pas qu’un prétexte pour servir de cadre à l’histoire, c’est le support d’une véritable réflexion sur certaines dérives des sociétés modernes. Orwell, qui écrivait 1984 à la fin des années 1940, décrivait les mécanismes de fonctionnement d’une « société disciplinaire ». Damasio s’attaque de son côté aux mécanismes des « sociétés de contrôle » dans lesquels nous vivons : surveillance de tous et surtout par tous, évaluation permanente, normalisation des comportements et intériorisation de ces normes, anesthésie par la consommation de masse et le divertissement, restriction des libertés au nom de la sécurité, etc. Il faudrait bien plus qu’une chronique pour vraiment développer la critique socio-politique à l’oeuvre ici. Notons au passage les influences philosophiques, notamment Surveiller et punir de Michel Foucault, qui jalonnent le récit.

Alain Damasio est également lucide sur les processus révolutionnaires, leurs divisions internes (certaines scènes du livre risquent de rappeler des souvenirs à ceux qui ont déjà assistés à des AG syndicales ou militantes), les risques de dérives, d’échec ou de récupération, ou sur la question de savoir si la fin justifie les moyens. Lucide aussi sur les capacités de résistance du système et le pouvoir qu’il exerce par les « affects joyeux » qu’il propose. Son récit ne s’achève pas complètement sur un « happy-end », mais sur une fin ouverte qui rappelle qu’une utopie est un lieu où l’on arrive jamais, mais vers lequel il faut essayer d’avancer tout le temps. Saluons également la force d’anticipation de l’auteur : le livre a été écrit dans les années 1990, avant la diffusion massive de sites comme Amazon ou Uber où tout le monde est invité à noter tout le monde, et avant l’apparition des puces RFID (dont un avatar constitue l’un des enjeux principaux de l’un des actes de La zone du dehors).

Dernier point et non des moindres, l’écriture. Pas seulement le style proprement dit, c’est fluide, rythmé, rien à dire dessus, et certains procédés d’écriture (ou plutôt d’édition dirai-je) sont des trouvailles remarquables. Je parle ici aux choix des mots employés, notamment des néologismes. Alain Damasio a parfaitement compris que l’on pense d’abord avec les mots, et que des mots différents permettent de penser des réalités différentes.

Bref, comme je disais plus haut cette chronique ne suffirait pas à parler dans le détail de La zone du dehors, surtout si je voulais expliciter en détail tout le fond philosophico-socio-politique. Je terminerai simplement en disant que ce livre est un chef d’œuvre. C’est un excellent tourne-page, captivant de bout en bout. Si vous aimez la SF ou les univers dystopiques vous aimerez certainement celui développé ici. Et si vous avez quelques notions sur les travaux de Foucault et Deleuze, ou si vous êtes sensibles à la critique socio-économico-politique, vous adorerez La zone du dehors.

Portez vous bien et n’oubliez pas : la lecture, c’est l’aventure !

3 commentaires sur “La Zone du dehors

  1. Est-ce que tu as lu La Horde du contrevent du même auteur ? Je voudrai savoir si le style est un peu pareil ou moins fiorituré parce que c’est ce qui m’avait fort fort saoulé avec la Horde ^^
    Kin

    1. J’ai aussi lu La Horde du Contrevent, globalement je trouve La Zone du Dehors plus facile d’accès. J’ai effectivement trouvé le style moins fiorituré, et globalement le rythme est plus rapide et nerveux, ce qui aide à maintenir l’attention je pense. La seule chose qui peut éventuellement rebuter un peu dans La Zone du Dehors ce sont les passages plus « explicatifs », comme une scène ou le narrateur fait un cours (il est professeur d’université), dans lequel l’auteur en profite je pense pour expliquer certaines notions à nous lecteurs. Mais globalement j’ai trouvé que ca se lisait très bien, même ces passages un peu moins dynamiques.
      En espérant t’avoir donné envie de lire ce livre qui est une pépite d’or à mes yeux.

      1. Bon après j’ai l’habitude de passer les passages qui m’ennuient XD mais d’accord et merci pour l’explication parce que malgré tout, j’adore les idées de l’auteur mais le style je peux juste pas XD donc peut être que je tenterai du coup 🙂

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